Changement des bases de référence
Il ne faut pas oublier le passé.
En français, on parle souvent d'Amnésie écologique, mais l'étude de l'histoire environnementale nous fait reconnaitre l'existence du «changement des bases de référence» (shifting baselines).
Quand on fait place à la nouvelle génération, on oublie souvent que ces gens n'auront pas de référent passés, à moins qu'on ne leur montre.
Les animaux en déclin, les arbres devenant plus petits, tout ça devient normal pour la prochaine génération.
Il ne faut pas oublier le passé abondant qui nous a donné vie.
Une théorie sur son origine
Je vois le phénomène comme une progression linéaire — c'est une logique sur laquelle je commence à réfléchir et développer, donc je m'explique. Prenez cette affirmation publiée dans le jardin digital que vous êtes en train de lire comme une hypothèse. Je n'ai pas tout les termes pour définir tout ça, mais voici ce que je tente d'expliquer :
Ça commencerait au niveau individuel, par un phénomène anodin:
- Tout cela partirait à la base de l'ignorance de la descendance.
- Cela n'est pas un phénomène néfaste en soi, seulement une affirmation et une constatation que la personne descendante d'un ou des parents (terme entendu ici comme personne d'autorité se chargeant de transmettre de savoir à la personne) ne pourra jamais tout connaître ce que ses parents ont vécu.
- De là vient le changement de perspective générationnel, vécu à un niveau individuel par rapport au parent.
- Je propose qu'au cours de son développement jusqu'à l'âge adulte et au-delà, la personne sera portée à adopter une perspective fondamentalement différente de ses parents, basée sur les expériences qu'elle a vécu. On peut extrapoler que cette personne tirera, dans l'exemple de l'écologie, des conclusions sur la normalité d'un habitat qui seront basées sur la santé et la quantité de faune et de flore (aussi, d'habitat) observée.
- De là, si assez de gens adoptent une nouvelle perspective, on peut parler de Changement sociétal des bases de références.
- Dans l'exemple écologique, c'est souvent caractérisé par un nivellement par le bas, suivant la dégradation des écosystèmes. Ce nouveau normal est souvent moins abondant que le dernier.
Ce dernier vient affecter la société, pouvant se manifester dans les actions humaines plus globales.
Citations et autorités en la matière
Daniel Pauly, l'un des grands théoriciens de ce concept, a beaucoup pensé à l'application de ce concept, et à l'acceptation de la dégradation de l'environnement dans la population, même chez les scientifiques.
Lecture du moment : Is A River Alive? par Robert MacFarlane
Quelles solutions pour ramener la base de référence écologique?
- Conserver nos écosystèmes et habitats permet à la prochaine génération de se souvenir et de vivre grâce aux bienfaits évidents de ceux-ci.
- Raconter des histoires, faire des dessins de ce qu'on voit sur le terrain, écrire pour s'exprimer, et enregistrer ce qu'on écoute à l'extérieur pour le partager sont toutes des formes d'art engagé qui permettent à la prochaine génération de mieux ressentir le vécu.
- Par le journal nature, on peut établir une base de référence pour les générations futures, et leur montrer un peu de ce qu'on sait aujourd'hui. Et peut-être qu'eux-mêmes hériteront d'un monde où les connaissances se transmettent non seulement sur les bancs d'école, mais assis sur le sol, dehors, face à une feuille blanche.
La question pour moi demeure, par contre: est-ce que c'est le manque d'éducation qui est à blâmer, le manque de documentation lui-même plutôt, le manque de popularité dans les œuvres d'art, ou est-ce tout simplement inévitable que l'on perdra mémoire de tout ce qui disparaît?